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 Une vie en suspens

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Shimizu Kaito

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  • Adepte du Lotus Blanc
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MessageSujet: Une vie en suspens   Mer 1 Juin - 0:19

« La Mort chevauche un cheval.
Qu’en est-il d’une morte ? »

Une nouvelle journée commençait pour le guérisseur. L’aube ne se lèverait que d’ici deux heures, mais les malades n’attendaient pas. Depuis la mort de maître Lii, les blessés de toutes sortes semblaient s’être donnés le mot pour affluer au monastère.

Après un repas rapide et frugal, Kaito marcha d’un pas sûr et posé en direction du dispensaire. Le trajet fut court car la salle commune n’en était loin.

Il était le premier à pied d’œuvre. Déjà une dizaine d’allongés dormaient sur une paillasse. Parmi eux, certains nécessitaient des soins pour aider à leur rétablissement. L’homme se dirigea vers le plus proche. Celui-ci s’était brisé le bras, il y a un mois de cela, mais il avait préféré laisser la nature le guérir. La conséquence avait été l’aggravation de son état et l’obligation de l’amener dans un état de fièvre délirante, deux jours plus tôt.

Kaito ainsi que ses confrères avaient été dans l’incapacité de sauver son bras. Il était trop tard. Le blessé fut donc amputé au niveau de l’épaule. Plus tôt, il aurait pu être soigné sans mal. Plus tard, il en serait mort. Il avait de la chance dans son malheur. Il était toujours vivant.

Le début de sa journée devait être consacrée à l’amputé. Vérifier l’état de son moignon. Eliminer les chairs pourries. Calmer la douleur. Changer les bandages. Accélérer la guérison. Réconforter le malade.

Seulement, une arrivée bruyante en décida autrement.

Un homme entre deux âges pénétra avec force fracas dans le dispensaire. Il soufflait, haletait, peinant à reprendre sa respiration. Des gémissements de protestations s’élevèrent à son entrée. Kaito remarqua qu’il portait quelque chose dans son dos. Il ne lui fallut qu’un instant pour comprendre qu’il s’agissait d’une femme, jeune. Elle était blessée, saignant abondamment au niveau de l’abdomen.

Le soigneur ordonna au nouvel arrivant de la déposer, aussi délicatement que possible, sur la paillasse la plus proche. Ce dernier s’exécuta. Puis, pendant que Kaito l’examinait, l’homme raconta la façon dont il l’avait découverte.

Le perturbateur, un paysan travaillant à proximité du monastère, s’occupait de la traite de ses bêtes lorsqu’un hennissement interrompit son activité. Le cheval, un bel animal musclé à la robe noire, renâclait comme pour attirer l’attention. Sur son dos gisait la femme. L’homme, d’abord charmé par sa beauté remarqua enfin le sang coulant sur les flancs équins venant de la belle. N’écoutant que son courage, il tenta de lui porter secours mais l’étalon se braqua sous l’effet de la peur manquant de peu d’atteindre le fermier et la fit chuter. Il se porta au secours de la mourante, la mit sur son dos et l’amena au dispensaire.

Le sauveur, bien qu’hors d’haleine avait débité son récit d’une traite.


« ‘Lors, est-ce qu’elle va vivre ? Va pas nous claquer dans les doigts, hein ? L’est vigoureuse et battante, hein ? » demanda le paysan entre deux respirations profondes.

Kaito se contenta de hausser les épaules. Il n’avait pas encore eu le temps d’ausculter la blessée. Le bavardage de l’homme l’en empêchait. Il lui désigna donc une paillasse sur laquelle il pourrait se remettre de ses émotions puis une cruche d’eau de la veille pour étancher sa soif due à sa course effrénée.

Le guérisseur commença ensuite à faire abstraction du monde. Un par un, tous les éléments perturbateurs disparurent. Il ne restait plus que lui et la jeune femme. Son regard se dirigea vers les vêtements couverts de sang, poisseux. Il les ôta, dévoilant une peau pâle ayant pris une teinte rouge sang.

Après son examen, il avait recensé de nombreuses blessures. La plus importante se situait au niveau de l’abdomen, due à un instrument tranchant de taille conséquente. D’autres, non négligeables, au mollet gauche, à l’épaule droite et au flanc droit. Et, de nombreuses estafilades.

La soigner se révèlerait très ardu. Très laborieux et long aussi. Kaito se mit donc à l’œuvre sans attendre.
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Shimizu Kaito

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MessageSujet: Re: Une vie en suspens   Lun 6 Juin - 19:01

« La mort fait partie de la vie,
Pourquoi vouloir s’y soustraire ? »

Une heure avait passé. Peut être davantage ou moins. Kaito n’en avait aucune idée et ne s’en souciait aucunement. Il était trop pris par ce qu’il faisait pour qu’une notion aussi futile que le temps ne le préoccupe.

Pendant ce temps-là, les autres guérisseurs étaient arrivés pour s’occuper des alités.

Le borgne, lui, n’avait d’œil que pour sa mourante. La blessure béante au ventre était celle qui l’inquiétait le plus. Surtout qu’après avoir poussé son examen, il avait découvert que les organes de la jeune femme avaient été touchés.

Recoudre une plaie, même impressionnante, allait encore, mais régénérer les intestins serait une autre paire de manches. Lorsqu’il avait découvert les blessures internes, le soigneur avait focalisé sa concentration sur ce qui était caché et non visible. C’est ainsi qu’il avait senti qu’une blessure à la jambe qu’il avait jugé sans gravité dissimulait en réalité une fracture.

Devant l’ampleur de la tâche à accomplir, il se demanda comment la blessée faisait pour être encore en vie. Elle devait avoir une volonté hors du commun.

Mais, il fallait agir, et non réfléchir. La guérison allait débuter, enfin. De l’intérieur vers l’extérieur. Il savait par avance que cela serait exténuant et long, encore plus qu’envisagé auparavant.

Kaito prit un bol qu’il remplit d’eau puis y mit ses mains. Le liquide serait ce qui catalyserait sa volonté et la transformerait en acte.

Il posa une main sur l’abdomen juste sur la balafre. Il se focalisa sur sa main mouillée. Puis, sur les gouttes qui une par une tombaient lentement. Il les suivait toutes. Sa concentration était si intense que le temps sembla ralentir presqu’au point de s’arrêter.

La première goutte s’écrasa mollement sur l’intestin et se dispersa l’arrosant faiblement. Le lien venait d’être fait. Kaito voyait parfaitement l’état actuel de l’organe ainsi que celui passé, d’avant la blessure. Il ne lui restait plus qu’à rappeler à l’intestin ce qu’il était afin que ce dernier le redevienne.

Par son esprit, l’homme modela une enveloppe d’eau représentant l’intestin sain. Puis, il s’intéressa à l’organe lui-même cherchant son centre vital afin d’activer la guérison. Heureusement, celui-ci était intact. Aussi, put-il initier la régénération. Cela prendrait du temps évidemment, mais cela se ferait et plus rapidement que naturellement sauf nouvelle blessure.

Une nouvelle goutte tomba encore sur l’intestin. Ce dernier ayant été coupé en de nombreux endroits, Kaito devait s’occuper de chaque coupure. Et, chacune n’était pas nette et le temps passé, faible heureusement, avait aggravé les plaies. S’il ne s’était agi que de les recoller, les recoudre, l’affaire aurait été plus simple. Comme ce n’était le cas, le soigneur n’avait le choix que de laisser le temps faire son office. En lui donnant un coup de main tout de même. Car seul, celui-ci n’aurait rien pu. Au contraire, en le laissant agir seul, il l’aurait tuée.

C’est en sueur que Kaito s’extirpa de sa concentration. Les intestins allaient déjà mieux et pouvaient dès à présent jouer leur rôle. Mais, au moindre mouvement brusque, ce qu’il avait mit tant de temps à réparer se déferait. Il s’essuya le front et regarda le dos de sa main. Il resta quelques minutes le regard perdu dans le vide, fixant les gouttes de sueur.

Puis, sans prévenir, il secoua la main les faisant tomber vers l’abdomen. Il posa ses mains chacune d’un côté de la plaie et les rapprocha. Et, alors qu’il se replongeait dans sa méditation soignante, un murmure plaintif atteint ses oreilles.


« Noon ! Laissez-moi mourir ! » souffla la mourante.
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Shimizu Kaito

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MessageSujet: Re: Une vie en suspens   Lun 13 Juin - 23:12

« La Vie est un don du ciel.
Pourquoi vouloir le rendre ? »

Le cri quasi silencieux de la mourante faillit briser la concentration de Kaito. Et, cela lui aurait été fatal. La jeune femme n’aurait pas survécu à la rupture du lien avec le guérisseur. Lien ténu que le borgne conservait pour fournir l’énergie nécessaire à maintenir les réparations déjà effectuées. Ce, le temps que le corps de la blessée récupère suffisamment pour pouvoir le gérer par lui-même. Mais, Kaito tint bon. De même que la vie vacillante.

Dès cet instant, le guérisseur sut que la guérison physique ne serait pas seule nécessaire pour guérir complètement sa patiente. Elle souffrait d’un mal plus important que de simples lacérations. Pour elle, la vie ne valait plus la peine d’être vécue. Pire, elle n’était plus que source de tourments.

Des propos de son maître revinrent à Kaito. Peu importe la gravité des blessures physiques, elles sont toujours plus simples à soigner que celles mentales. Pour qu’une telle guérison soit complète, il faut s’armer de courage, de patience, de compréhension et de temps. Sache aussi que guérir une plaie de l’âme est l’un des actes les plus gratifiants qui soit.

Sur le moment, il n’avait pas saisi le sens des paroles de son maître. A présent, il les comprenait davantage mais pas totalement encore. Comme son maître le lui disait, seul le temps le dira.

Et du temps, il en passa. Plusieurs heures, plus précisément. Jusqu’à la tombée de la nuit. C’est ce qu’il avait fallu à Kaito pour terminer les soins sur la jeune femme. Elle n’était pas encore complètement remise physiquement, et encore moins psychiquement, mais elle survivrait. Malgré son talent, le soigneur ne put supprimer la cicatrice que la blessée porterait à présent tout le reste de sa vie à l’abdomen. Il put seulement l’atténuer et lui donner un aspect net, propre.

Le guérisseur était exténué, mais il ne pouvait se laisser aller au repos. Rien n’était encore joué. Les prochaines heures seraient les plus déterminantes. Elles diraient si la jeune femme vivrait ou non. De plus, il devrait rester à proximité pour ne pas rompre le lien.

De temps en temps, pour le renforcer, il trempait un linge dans un bol d’eau pour le passer sur le ventre de l’endormie.

Son contentement du travail bien accompli était encore atténué par le faible cri lancé quelques heures auparavant. Comment pouvait-on désirer mourir ?

Puis, le matin arriva. Et avec lui, l’astre solaire réconfortant. De même qu’une bonne nouvelle. La jeune femme ouvrit les yeux.

Seulement, elle les referma de suite, apparemment déçue d’être toujours de ce monde. Elle refusa même de manger ce qu’on lui avait apporté.

Malgré l’insistance de Kaito, elle ne mangea pas. Ce dernier n’eut d’autre choix que de se nourrir pour deux et de transmettre l’énergie nutritive par le lien qu’il maintenait toujours.

Outre de manger, elle refusa aussi de parler.

Pendant plusieurs jours donc, elle resta muette. Comme son soigneur, mais d’un mutisme plus profond, plus lourd, pesant.

Puis, finalement, elle daigna parler à nouveau. Mais uniquement pour lâcher un seul mot.


« Pourquoi ? »
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Shimizu Kaito

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MessageSujet: Re: Une vie en suspens   Lun 20 Juin - 22:57

« La mort ne demande pas de raison d’être.
Pourquoi en serait-il autrement pour la vie ? »

Pourquoi ? Cela était une bonne question.

Pourquoi donc avait-il risqué sa place en ce lieu en privilégiant une vie au dépit d’autres ? Pourquoi alors qu’il avait toujours cherché, depuis son arrivée ici, à guérir le plus d’êtres possible avait-il dévié de son chemin ? Pourquoi avait-il tant ruiné sa santé en portant secours à la jeune femme ? Pourquoi n’avait-il pas laissé d’autres que lui l’aider, l’assister, le remplacer ?

Il n’avait pas encore le début d’une réponse à ses propres interrogations. Alors comment pouvait-il décemment répondre à sa patiente ?

Dire qu’il était le seul capable de la soigner ne serait qu’un grossier mensonge. Tous parmi les guérisseurs auraient pu faire de même. Différemment, évidemment. Mais, elle aurait été soignée quand même.

Alors, qu’est-ce qui l’avait poussé à se focaliser sur cette unique vie ?

Comme dans toutes les situations critiques, des paroles de son maître surgirent à son esprit. Dans ta vie, tu te retrouveras devant des choix qui te paraîtront tous mauvais. Il te faudra quand même en faire un. Fais en sorte de choisir le moins mauvais en espérant que le seul mal qui en résultera n’affectera pas autrui.

Pourquoi ces mots-là et pas d’autres, Kaito ne le savait pas. Surtout qu’il n’en saisissait pas le sens. Et encore moins le rapport avec la situation actuelle.

Ne pouvant attendre d’aide de la part de son maître, il ne restait que lui pour trouver la réponse. Mais, y aurait-il une bonne réponse. Et serait-il capable de la trouver. Puis, de la prononcer.

Donc, avant de songer à ne serait-ce qu’élaborer l’embryon d’une réponse à la convalescente, le borgne commença par rechercher les réponses à ses propres questionnements.

Son maître avait raison lorsqu’il avait dit que la guérison de l’esprit était un acte très ardu. Surtout lorsque le sien propre possédait ses propres cicatrices. Celui-ci avait-il dû se heurter aux mêmes difficultés lorsqu’il s’était occupé de lui, il y a des années de cela ? Etrangement, Kaito en doutait. Son mentor semblait si solide, si sûr de lui. Mais, une insidieuse pensée laissa planer un doute. Et si cela n’avait été qu’une façade. Et si son maître avait en son temps lutté comme lui le faisait actuellement. Tant de questions nouvelles qui compliquaient la donne. Mais pas nécessairement inutilement. Peut être que comprendre comment il avait été guéri anciennement pourrait l’aider à faire de même maintenant.

Il ne restait plus qu’à Kaito qu’à trouver les réponses et remonter lentement jusqu’à celle qu’il donnerait à la jeune femme.
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Shimizu Kaito

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MessageSujet: Re: Une vie en suspens   Ven 8 Juil - 22:47

« Nous désirons avoir les réponses à nos questions.
Mais, posons-nous les bonnes questions ? »

Du temps. Seul le temps pouvait lui apporter la réponse idéale. La réponse attendue. Si tant est qu’il en existait une. Seulement, il ne l’avait pas. Il n’avait aucunement le temps de le prendre pour réfléchir quasi-infiniment sur la réponse adéquate à donner.

Il ne lui restait qu’une seule solution donc. Dire ce qui lui passerait par le cœur. Encore faudrait-il qu’il en soit capable. Les années passées à tout garder pour lui se révéleraient un obstacle difficile à surmonter. Mais, tous les obstacles peuvent être franchis. Encore faut-il s’en donner la peine.

Kaito sentit le long de son lien ténu avec la jeune femme qu’elle s’était endormie. Pour combien de temps, il ne le savait précisément. Mais, il sentirait son réveil. Cette courte période, il allait la mettre à profit pour préparer la réponse.

Une heure passa avant que son alarme mentale ne le prévienne du réveil de la belle. Il n’eut pas besoin de se dépêcher pour se rendre à son chevet, il n’en avait pas bougé. Il pensait et espérait qu’en étant en sa présence, la réponse à formuler viendrait plus facilement, naturellement. Mais, non. Il n’avait jamais eu de facilité pour manier le verbe, et cela n’allait pas changer aujourd’hui comme par magie.

Les pâles paupières de l’allongée s’ouvrirent finalement et dévoilèrent deux yeux gris cendre qui se posèrent sur Kaito. Sa fine bouche s’ouvrit légèrement pour former un mot, une question, mais le guérisseur posa un doigt sur les délicates lèvres pour l’en empêcher. L’instant n’était plus aux questions, mais aux réponses. A la réponse.

L’homme entrouvrit mollement sa bouche et s’humecta les lèvres. Il avait les mains qui tremblaient, même en serrant fortement ses jambes avec. Il n’avait jamais eu ce problème-là les rares occasions où il avait émis des paroles. Alors, pourquoi maintenant ?


« J… je… » commença Kaito dont la voix déraillait. « Je t’ai sauvé car… » Il hésita car après une heure de réflexion, rien ne lui était venu. « … je n’ai pas pu faire autrement. Lorsque j’ai… j’ai vu la détresse dans tes… jolis yeux… (Ses joues se rosirent) je me suis senti comme… attiré. Je… je ne me contrôlais plus. Je devais… je voulais te sauver… parce que… tu… m’as fait pensé à moi. A moi, il… il y a très longtemps… moi qui ne voulais plus vivre. Et… la vie est… un… le don le plus précieux qu’on nous a donné. On... a pas le droit de... le refuser... le rejeter. »

Kaito n’avait pas arrêté de bafouiller, ce qui rendit sa voix faiblarde davantage inintelligible. Puis, lorsqu’il se rendit compte qu’il avait le doigt sur les douces lèvres de la jeune femme, il l’enleva rapidement en rougissant.

La blessée le regarda les yeux grands ouverts. Il lui fallut un peu de temps avant de tout assimiler. Les propos. Leur raison. Leur signification.
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Shimizu Kaito

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MessageSujet: Re: Une vie en suspens   Mer 27 Juil - 1:05

« Les choix que nous faisons définissent notre vie.
Mais, sommes-nous prêts à en accepter les conséquences jusqu’à notre mort ? »

Dans un premier temps, la blessée comprit qu’on lui avait refusé la mort qu’elle s’était choisie. Une mort plus digne qu’elle n’aurait dû l’espérer après ce qu’elle avait fait. Plus exactement, après ce qu’elle n’avait pas fait. Elle avait failli à sa tâche. La honte l’emplissant ne pouvait disparaître que d’une manière à ses yeux. Par la mort. Sa mort. Et là, on la forçait à la subir plus longtemps que voulu.

Elle s’en serait énervée si elle en avait eu l’énergie et en avait vu la moindre utilité. On l’obligeait à vivre dans le déshonneur. Mais, ce fardeau, elle ne serait pas à la seule à le porter. Son sauveur devrait le partager. Il n’aurait pas le choix. En la sauvant malgré elle, il avait tacitement accepté ce poids dont il ne savait rien.

Dans un deuxième temps, tandis qu’elle avait pris son parti de sa guérison, elle fut touchée par les paroles maladroites de Kaito. Même celui pour qui elle désirait abandonner sa vie n’avait eu autant d’égards à son encontre. Et pour cause, il n’avait jamais prêté d’attention à la jeune femme. Pour lui, elle n’avait été qu’un outil, et non un être humain et encore moins une femme.

Dans un troisième temps, elle décida d’annoncer à son sauveur les conséquences de son geste. Il l’avait sauvée sans rien savoir d’elle. Ni ce qu’elle était. Ni ce qui l’avait conduite au seuil de l’après-vie. A présent, il allait devoir prendre connaissance de tout ceci.


« Merci. » souffla-t-elle difficilement. « Je vous dois la vie. » continua-t-elle avec une pointe de regret. « Je vous en suis redevable. A vie. » Parler la fatiguait mais elle se força à continuer. « Ma lame est à présent à votre service… mon seigneur et maître. »

Elle avait terminé. Pour l’instant, du moins. Un détail la chagrina toutefois. L’absence de son katana. Cadeau obtenu de sa mère, elle avait dû le perdre lors de sa fuite. Ce trésor familial avait une valeur inestimable à ses yeux. Seul souvenir de sa mère qui à présent gisait loin d’elle. Cependant, maintenant, l’intérêt mémoriel de l’objet passait après son utilité. Quitte à se passer de ce souvenir d’acier à jamais, elle allait devoir acquérir une nouvelle lame rapidement.
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Shimizu Kaito

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MessageSujet: Re: Une vie en suspens   Jeu 4 Aoû - 1:03

« Les décisions se prennent en un court instant.
Leurs conséquences durent toute une vie. »

Kaito n’avait espéré que raviver l’envie de vivre de la jeune femme. Mais, il avait fait bien davantage. Il lui avait offert un but, un objectif que même lui n’aurait pu imaginer. Il avait remplacé celui qui jusqu’à il y a quelques jours encore était le seigneur de l’épéiste. De simple guérisseur, aux yeux de la convalescente il était passé au rang de seigneur.

Le choix de sa patiente, dont il ignorait toujours le nom, le perturba. Temporairement, il se reprit rapidement. Si tel était sa décision, qu’il en soit ainsi. Il n’avait aucune intention d’aller contre les volontés d’autrui. Et puis, ce qui était fait restait fait. Il ne pouvait en aucune manière changer cet état de fait.

Une question cependant lui vint à l’esprit. Comment allait-il s’en occuper. Car, une fois totalement remise de ses blessures, la bientôt-guérie devrait quitter le monastère. Et bien qu’il n’ait aucunement demandé à devenir le maître d’un quelconque être, il se devait à présent s’acquitter des obligations accompagnants ce titre non voulu. Et, la première d’entre elles consistait pour lui à s’assurer qu’elle ne manque de rien, en particulier d’un toit.

Heureusement, il avait encore un peu de temps pour trouver une solution à ce problème. Mais, seulement un peu. D’ici deux trois jours, elle serait jugée apte à repartir. Dans cet intervalle, il lui faudrait avoir résolu le problème. A moins qu’il ne quitte le monastère. Mais, dans ce cas davantage de problèmes se poseront.

Le premier, un cas de conscience. Pourrait-il se permettre de laisser tant de personnes nécessitant des soins dans le besoin. Certes, il n’était pas le seul guérisseur, ni irremplaçable. Cependant, il était un maillon de la chaîne de la préservation de la vie au dispensaire. Et la briser pourrait avoir des conséquences plus que néfastes pour tous les malades s’y rendant.

Mais, n’était-ce point arrogant de penser que son départ puisse entraîner tant de désagréments. Et, de toute façon, l’homme était condamné à mourir, alors pourquoi vouloir le sauver. Cette question, souvent il se l’était posée, et jamais il n’avait trouvé de réponse. Cependant, cela ne l’avait jamais empêché de sauver et soigner son prochain.

Puis, une pensée insidieuse s’immisça dans sa tête. Qu’arrivait-il aux gens ne pouvant se rendre au monastère. Aux personnes trop faibles ou pauvres pour entreprendre le voyage jusqu’au dispensaire. Elles devaient se contenter de mourir faute de soins. Et, si lui faisait ce qu’elles ne pouvaient faire, se déplacer. Au lieu de forcer les malades à venir à lui, lui irait à elles.

Jamais, il n’y avait pensé. Mais, ce qu’il faisait consistait qu’à ne soigner ceux qui avaient le moins besoin de ses talents. Il avait raison en pensant que sa présence n’était aucunement indispensable ici. Car, elle l’était autre part. Là, où des êtres incapables de venir attendaient avec ferveur leur sauveur, celui qui les délivrerait des affres de la maladie ou des blessures.

C’est donc quelques minutes après l’annonce de sa protégée protectrice qui entretemps s’était rendormie que Kaito prit la décision de quitter le monastère où il avait passé moult mois afin d’apporter la guérison là où on la demanderait. Il se doutait qu’elle ne serait pas appréciée, on ne quittait pas le monastère sur un coup de tête ainsi, mais ainsi était la vie, capricieuse.

Dès que l’endormie serait rétablie, ils partiraient donc sur les routes.


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